Régulièrement, des porteurs de projet que j’accompagne m’annoncent qu’ils suspendent leur activité. Le marché ne suit pas ? Le concept ne tient pas la route ? Que nenni. C’est la compagne ou le compagnon qui n’en peut plus, qui n’arrive pas à suivre, avec un sentiment profond d’abandon en prime, la sensation d’être mis.e de côté au profit d’un projet de plus dans une vie pro déjà saturée. Des cas isolés ? Loin de là. Nombreux.ses sont les solopreneurs.solopreneuses qui multiplient les activités avec des risques clé : s’éparpiller d’abord, plomber leur business ensuite et dynamiter leur vie de famille enfin. Et la problématique de se poser : pourquoi accumule-t-on autant de projets quand on est seul aux commandes ?

Dispersion et stratégie d’évitement

Quand on est solopreneur, chaque nouveau projet est facile à justifier. Il y a toujours une bonne raison : diversifier ses revenus, tester une idée avant qu’un concurrent ne s’en empare, répondre à une opportunité qu’on ne veut pas laisser passer, ou tout simplement continuer à apprendre. Chacune de ces raisons est valable.

C’est leur accumulation qui pose problème, et c’est précisément ce qu’on a le plus de mal à réaliser de l’intérieur. Un projet à la fois, ça s’évalue. En revanche, dix projets menés en parallèle, ça ne s’évalue plus : ça se vit, au jour le jour, dans l’urgence, sans recul. Et on finit par confondre l’énergie déployée avec l’avancée réelle, l’occupation permanente avec la productivité.

Derrière cette accumulation, on retrouve souvent un même terreau : la peur de manquer une occasion, le besoin de se sentir légitime à travers l’action plutôt qu’à travers les résultats, une forme de fuite également : il est parfois plus confortable de se jeter dans un nouveau chantier que d’aller au bout du projet initial avec les difficultés qu’il implique forcément. Se disperser, dans ces cas-là, constitue une stratégie d’évitement qui ne dit pas son nom.

Ce que cette accumulation coûte, et à qui

Or cette dynamique va avoir un impact direct sur l’entourage, qui absorbe ce que le porteur de projet ne voit plus : les soirées où l’on est physiquement présent mais mentalement ailleurs, les week-ends amputés d’une « dernière chose à finir », les conversations réduites à des points d’organisation logistique. À terme, le conjoint ou la conjointe, confronté.e à l’emploi du temps chargé de son.sa partenaire, se sent mis en concurrence avec une accumulation de projets qui, individuellement, auraient tous pu attendre. C’est souvent ce sentiment-là, plus que la charge de travail elle-même, qui use une relation.

Le coût se paie aussi sur le plan professionnel. Un solopreneur qui mène huit projets en parallèle n’en mène généralement aucun avec l’exigence qu’il mériterait. La dispersion nuit à la qualité, retarde les livraisons, finit par se voir dans le travail rendu, sans que la personne concernée ne comprenne toujours d’où vient le problème.

Et puis il y a le coût, plus silencieux, plus pernicieux encore, sur la santé : fatigue chronique, sommeil dégradé, sentiment diffus de ne jamais être suffisamment avancé nulle part, stress, burn-out, dépression. Beaucoup de solopreneurs prennent conscience de leur épuisement, non pas au moment où ils sont en train de cravacher sur un projet donné, mais quand ils réalisent qu’ils sont ensevelis sous les tâches avec des to do-lists longues comme un jour sans pain, à moins que ce soit leur corps qui les rappelle à l’ordre en lâchant purement et simplement.

Les signaux qu’il vaut mieux repérer soi-même

Question : comment stopper le train avant qu’il ne s’emballe ? Il existe quelques indices assez fiables pour vous repérer et vérifier si vous êtes en train de basculer dans ce cercle vicieux avant que ce soit l’entourage qui vous rappelle à l’ordre.

  • Vous ne savez plus répondre spontanément à la question « combien de projets avez-vous en cours ? » sans devoir compter.
  • Un nouveau projet vous enthousiasme davantage que l’avancée de ceux déjà en cours.
  • Vous justifiez systématiquement chaque nouveau chantier par son intérêt propre, sans jamais le mettre en balance avec votre charge globale.
  • Les personnes de votre entourage ont, à plusieurs reprises, évoqué votre indisponibilité — et vous avez, à chaque fois, répondu par une explication ponctuelle plutôt que par une remise en question d’ensemble.
  • Vous associez le fait de ralentir à un risque professionnel, voire à un échec, plus qu’à un choix.

Plusieurs de ces situations vous parlent ? Ok, vous êtes peut-être en train de perdre le contrôle. Il n’y a aucune honte à avoir, ce mécanisme est extrêmement répandu chez les indépendants, précisément parce que rien, dans le statut de solopreneur, ne vient naturellement poser de limite à la charge que l’on s’impose.

Comment rétablir l’équilibre

Il s’agit de mettre en place plusieurs mesures et règles de vie professionnelle.

  • Faites l’inventaire réel noir sur blanc de vos projets en cours, pas ceux que vous menez officiellement, mais tous ceux qui vous prennent la tête et du temps, même à faible dose. La plupart des solopreneurs sont surpris par le nombre de projets qui les parasitent.
  • Fixez-vous des limites de temps … et une règle de capacité. Bloquer des horaires, c’est bien mais insuffisant si vous continuez d’accepter tout ce qui se présente. Décidez, en amont, d’un nombre maximal de projets actifs en parallèle, et tenez-vous-y aussi strictement que vous tiendriez un budget.
  • Distinguez ce qui est urgent de ce qui est simplement excitant. Un nouveau projet qui vous enthousiasme n’est pas nécessairement un projet à démarrer maintenant. Notez-le, laissez-le reposer quelques semaines, et voyez s’il résiste encore à l’envie du moment une fois que la nouveauté est retombée.
  • Posez des rendez-vous non négociables avec votre entourage, au même titre qu’un rendez-vous client. Un créneau réellement protégé, sacralisé, sans notification, sans « juste une minute pour répondre à ce mail », a plus de valeur que plusieurs soirées disponibles en théorie mais fragmentées dans les faits.
  • Un projet mis en pause n’est pas un projet raté ; il faut l’accepter. Beaucoup de solopreneurs maintiennent artificiellement des projets en vie par peur de l’échec que représenterait leur abandon, ce qui les empêche justement de consacrer une vraie énergie à ceux qui comptent réellement.
  • Faites-vous accompagner sur ce point précis si besoin. Un regard extérieur, qu’il s’agisse d’un mentor, d’un pair ou d’un professionnel, aide souvent à objectiver une charge de travail que l’on ne parvient plus à évaluer seul.

ATTENTION : ces conseils ne prétendent pas résoudre un problème de couple ni remplacer un accompagnement personnel si la situation est installée depuis longtemps. Mais ils permettent de reprendre la main sur sa propre dynamique de travail.

En guise de boussole : la question à se poser avant de dire oui au prochain projet

La prochaine fois qu’une opportunité se présentera, la bonne question n’est peut-être pas « ce projet est-il intéressant ? », mais « ai-je, en ce moment, la capacité réelle de l’accueillir sans rogner sur ce qui compte déjà dans ma vie ? ». C’est la clé pour durer, à la fois en tant qu’entrepreneur et dans sa vie personnelle. Suspendre son projet le temps de retrouver un équilibre n’a rien d’un échec entrepreneurial ; c’est, au contraire, l’une des décisions les plus lucides qu’un solopreneur puisse prendre.

Cet article vous interpelle ?

  • Vous portez un projet professionnel ?
  • Vous désirez développer votre activité ?
  • Votre entreprise manque de visibilité ?

Contactez-moi au plus vite !

+ 33 (0) 6 21 90 79 45

Translate »
Aller au contenu principal