Vous relisez votre mémoire et une sensation désagréable vous envahit : l’impression d’avoir déjà écrit cette phrase, cette idée, ce paragraphe quelques pages plus tôt. Eh oui ! Redites et répétitions sont l’une des bêtes noires des directeurs de mémoire, tous sujets confondus. Ce problème technique peut fort heureusement se repérer et se corriger avec méthode, souvent en quelques heures de relecture ciblée. Voici comment procéder.

Toutes les répétitions ne sont pas des redites

Premier point à clarifier, car c’est souvent lui qui bloque les étudiants : répéter une idée n’est pas systématiquement une faute. Il existe une différence nette entre le rappel structurant, volontaire et utile, et la redite involontaire, qui affaiblit le propos.

  • Le rappel structurant intervient typiquement en fin de partie, en transition, ou dans la conclusion : il reprend brièvement une idée déjà développée pour montrer au lecteur où l’argumentation en est, ou pour l’articuler avec ce qui suit. Ce type de répétition est non seulement acceptable, il est souvent attendu par le jury, car il rend la démonstration lisible.
  • La redite involontaire, elle, réexplique une idée sans raison structurelle apparente, généralement parce que l’auteur a oublié l’avoir déjà développée, ou parce qu’il n’a pas fait le lien entre deux passages rédigés à des moments différents. C’est cette seconde catégorie, et uniquement elle, qui pose problème.

Pourquoi on se répète sans s’en rendre compte

Les redites s’expliquent par des mécanismes très concrets, propres au processus de rédaction d’un travail long.

  • La première cause est la rédaction fragmentée dans le temps. Un mémoire s’écrit rarement dans l’ordre, et rarement en continu : on rédige une partie en juin, une autre en juillet, on revient sur l’introduction et la conclusion mi-août. Entre chaque session, la mémoire précise de ce qui a déjà été écrit s’estompe, et l’on a tendance à réexpliquer un point par sécurité, sans se souvenir qu’il a déjà été traité ailleurs.
  • La deuxième cause, plus structurelle, est un plan bancal, mal cloisonné et peu détaillé : deux parties, ou deux sous-parties, qui répondent en réalité à la même question sans que cela ait été identifié en amont. Dans ce cas, la redite n’est pas un accident de rédaction, c’est la conséquence logique d’un découpage imparfait.
  • Enfin, il existe un réflexe de sur-explication, souvent lié à la peur de ne pas avoir été compris : on réexplique un concept ou un résultat par crainte que le lecteur l’ait oublié, alors qu’un simple renvoi à la partie concernée suffirait largement.

Le plan, premier responsable des redites

Clairement, avant d’être un problème de formulation, la redite est dans 90 % des cas un problème de plan. Si deux sous-parties traitent, même partiellement, de la même question sous un angle presque identique, il est mathématiquement impossible d’éviter les chevauchements de contenu, quelle que soit la qualité de la rédaction.

Avant de corriger phrase par phrase, prenez donc le temps de vérifier la logique d’ensemble de votre plan. Chaque partie et sous-partie doit répondre à une question distincte, clairement identifiable. Si vous ne parvenez pas à formuler en une phrase la question spécifique à laquelle répond chaque sous-partie, et que deux formulations se ressemblent trop, c’est le signe qu’un chevauchement de fond existe, indépendamment de la façon dont c’est rédigé.

Repérer ses propres redites : une méthode de relecture ciblée

La relecture linéaire classique, celle qu’on fait pour traquer les fautes d’orthographe, peut s’avérer inefficace pour repérer les répétitions : on lit dans l’ordre, porté par le fil du texte, et l’on ne remarque pas facilement qu’une idée a déjà été développée quinze pages plus tôt.

Une méthode plus efficace consiste à faire une relecture thématique plutôt que linéaire. Choisissez un concept clé de votre mémoire, et utilisez la fonction de recherche de votre traitement de texte pour repérer toutes ses occurrences dans le document. Vous verrez immédiatement si ce concept est expliqué plusieurs fois de façon quasi identique, ou s’il évolue légitimement d’une occurrence à l’autre.

Autre outil utile : un tableau de synthèse par partie, dans lequel vous notez en une ou deux lignes l’idée principale de chaque section. Cette vue d’ensemble condensée permet de repérer d’un coup d’œil les recoupements qu’une lecture linéaire laisse facilement passer.

Comment reformuler sans appauvrir son propos

Une fois une redite identifiée, plusieurs solutions existent, et elles ne se valent pas toutes.

  • La première option, souvent la plus efficace, est le renvoi interne : plutôt que de réexpliquer une idée déjà développée, renvoyez-y explicitement (« comme évoqué en partie 1.2 »). Cette formulation, loin d’affaiblir votre propos, démontre au contraire la cohérence de votre raisonnement et votre maîtrise de la structure d’ensemble.
  • La deuxième option est le changement d’angle : si l’idée doit réellement être reprise, reformulez-la sous un angle différent — passer du fait à son interprétation, ou de la description à ses conséquences, par exemple — plutôt que de répéter la même formulation avec des synonymes.
  • La troisième option, la plus radicale mais souvent la plus juste, est la suppression pure et simple. Quand une idée est réellement redondante, sans apport nouveau ni fonction structurante, la meilleure solution n’est pas de la reformuler : c’est de la supprimer. Un mémoire plus court mais sans redite est presque toujours mieux perçu qu’un mémoire long qui tourne en rond.

Un point de vigilance à ce sujet : la tentation, à ce stade de fatigue, est de faire reformuler ses passages redondants par une intelligence artificielle générative. Cette solution est à manier avec une extrême prudence, voire à éviter : outre les questions d’intégrité académique qu’elle soulève selon les établissements, elle traite le symptôme sans jamais résoudre la cause, à savoir un plan ou une organisation d’idées qui mérite d’être retravaillé par vous-même, qui connaissez votre sujet mieux que n’importe quel outil.

Le cas de l’introduction et de la conclusion

Un cas particulier mérite d’être précisé, car il génère souvent une confusion inutile : l’introduction et la conclusion répètent nécessairement, par construction, des éléments déjà présents ailleurs dans le mémoire. L’introduction annonce ce qui va être développé, la conclusion synthétise ce qui l’a été. Ce n’est pas une redite fautive, c’est la fonction même de ces deux parties.

La limite à ne pas franchir se situe dans la formulation : l’introduction et la conclusion doivent reformuler et synthétiser, jamais copier-coller ou paraphraser mécaniquement des phrases entières issues du corps du texte. Si votre conclusion reprend mot pour mot une phrase de votre partie 2, ce n’est plus un rappel structurant, c’est une redite déguisée.

En guise de boussole

Les redites ne sont pas le signe d’un mauvais travail : elles sont le sous-produit presque inévitable d’une rédaction longue, menée par sessions espacées, sur un sujet que vous connaissez si bien que certaines idées vous semblent devoir être répétées pour être sûres d’être comprises. La bonne nouvelle, c’est que ce défaut se corrige rapidement une fois qu’on sait où et comment le chercher : en interrogeant d’abord la logique du plan, puis en menant une relecture thématique ciblée plutôt qu’une relecture linéaire épuisante. Un mémoire sans redite n’est pas un mémoire parfait — c’est simplement un mémoire qui respecte le temps et l’attention de son lecteur.

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