Vous avez dû voir l’acronyme se glisser de temps à autres dans mes articles. RSE… terme à la mode dont on ne sait pas trop ce qu’il veut dire. Et c’est bien regrettable car la Responsabilité Sociétale des Entreprises constitue désormais un élément clé de la visibilité des entreprises. Explications.
RSE : signification, origines et raisons d’être
Faisons simple. La Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) désigne la manière dont une activité économique prend en compte ses impacts sociaux, environnementaux et éthiques, au-delà de la simple recherche de profit.
Ce concept n’est pas né par hasard. Il émerge progressivement d’une prise de conscience collective : au fil du XXᵉ siècle, les activités économiques ont eu un impact bien au-delà des bilans financiers. Un impact loin d’être positif.Voici quelques repères clés :
- Années 1950-1970 : Les premières critiques émergent contre les excès du capitalisme industriel (pollution, conditions de travail, etc.). Des penseurs comme l’économiste américain Howard Bowen (père de la RSE moderne) soulignent la responsabilité morale des entreprises envers la société.
- 1992 : Le Sommet de la Terre à Rio popularise l’idée de développement durable, liant économie, social et environnement. Les entreprises sont invitées à jouer un rôle actif.
- Années 2000 : La RSE se structure avec des cadres internationaux (comme la norme ISO 26000 en 2010), mais reste volontaire — d’où son côté adaptable, même pour les solopreneurs.
- Aujourd’hui : Face aux crises climatiques, sociales et aux attentes des consommateurs (notamment les jeunes générations), la RSE n’est plus un « plus », mais un levier de différenciation et de résilience.
RSE : les grands s’y mettent
Il semblerait que les grandes entreprises aient capté la chose — vu qu’elles s’y collent, et y mettent le budget. Avec en tête d’améliorer leur image, bien entendu (mais on sait qu’entre engagement sincère et greenwashing bien huilé, la frontière est parfois ténue). Quelques exemples ?
Patagonia, la marque de vêtements outdoor, affiche depuis les années 1980 une RSE radicale : 1% du chiffre d’affaires reversé à des associations environnementales (soit plus de 140 millions de dollars depuis 1985, selon leur rapport 2023), des produits conçus pour durer, et une transparence rare sur ses chaînes d’approvisionnement. Leur slogan ? « We’re in business to save our home planet. » Preuve que l’éthique peut être un modèle économique… à condition d’y croire vraiment.
Danone, de son côté, a inscrit dans son plan stratégique « One Planet. One Health » un objectif « zéro émission nette » d’ici 2050, avec une réduction de 50% des émissions de ses scopes 1 et 2 dès 2030 (rapport RSE 2021). Pour y parvenir, le géant agroalimentaire forme ses 100 000 agriculteurs partenaires à l’agroécologie. Un vrai virage (ou une opération de com’ bien ficelée pour effacer l’empreinte d’un groupe qui pèse 25 milliards d’euros de CA)?
Quant à Michelin, son engagement pour 100% de pneus recyclés d’ici 2048 et son partenariat avec Scandinavian EnviroSystems pour transformer les pneus usagés en nouvelles matières premières impressionnent. Pourtant, l’entreprise reste un symbole de l’industrie lourde, avec 120 usines dans le monde et une empreinte carbone encore massive. Alors, réelle transformation ou écoblanchiment ?
Budgets pharaoniques vs agilité du solopreneur
Je vous laisse juger de la chose. Et ajoute une précision essentielle : contrairement à une idée reçue, la RSE n’est ni une norme obligatoire, ni un label magique, ni une case à cocher pour se donner bonne conscience. C’est avant tout un cadre de réflexion et d’action, une manière de repenser son activité pour qu’elle ait un impact positif — ou du moins, le moins négatif possible. Le vrai atout ? Ce cadre est adaptable à toutes les tailles, y compris aux structures d’une seule personne.
Quand on parle de RSE, on pense tout de suite aux multinationales avec des budgets pharaoniques, des rapports annuels de cent pages et des départements dédiés. Pourtant, derrière les grands discours et les engagements médiatisés, leur démarche repose sur des principes simples et reproductibles— et c’est justement ce qui peut inspirer les solopreneurs qui ont tout à y gagner et sont à même de s’y mettre souvent plus efficacement et sincèrement que les géants cités précédemment. Et pour cause.
Souvent perçus comme « trop petits » pour agir, les solopreneurs ont en réalité un avantage majeur: l’agilité. Pas besoin de valider des stratégies en comité de direction ou de négocier avec des actionnaires. Une décision = une action. Et c’est précisément cette capacité à agir vite et de manière cohérente qui peut faire la différence.
Se poser les bonnes questions
Mais par où commencer ? En se posant les bonnes questions — celles qui permettent de comprendre son impact réel et d’identifier des leviers d’action concrets. En voici quelques-unes, inspirées des démarches RSE des grandes entreprises, mais adaptées à une échelle humaine :
- Comment je gagne ma vie ?
Quel est le cœur de mon activité ? Est-ce que mon produit ou service répond à un besoin réel, ou contribue (même indirectement) à des problèmes sociaux ou environnementaux ?
Exemple : Un·e graphiste peut choisir de travailler uniquement avec des entreprises engagées, ou refuser les projets liés aux énergies fossiles.
- Avec qui je travaille ?
Qui sont mes fournisseurs, mes partenaires, mes clients ? Leurs valeurs sont-elles alignées avec les miennes ?
Exemple : Un·e consultant·e peut privilégier des hébergeurs web écoresponsables (comme Infomaniak) ou des outils collaboratifs éthiques (comme Framasoft).
- À quel prix humain, social et écologique ?
Quelle est l’empreinte invisible de mon activité ? Temps de travail excessif ? Déchets générés ? Inégalités renforcées ?
Exemple : Un·e artisan·e peut calculer l’impact carbone de ses livraisons et compenser en plantant des arbres via des programmes comme Ecosia.
- Comment faire pour que ça change ?
Quels gestes concrets puis-je intégrer dès demain ? Comment mesurer mes progrès ?
Exemple : Un·e coach peut reverser 1% de son chiffre d’affaires à une association locale, ou proposer des tarifs solidaires.
- Comment participer à un monde meilleur ?
En quoi mon activité peut-elle contribuer à réduire les pollutions, les discriminations, ou les inégalités ? Même à petite échelle, chaque action compte.
Exemple : Un·e rédacteur·rice web peut utiliser un langage inclusif et refuser les contenus qui promeuvent des stéréotypes.
ATTENTION : L’objectif n’est pas de devenir parfait du jour au lendemain (c’est impossible de toute façon), mais de progresser étape par étape pour aller vers du mieux. Les grandes entreprises ont des équipes entières pour piloter leur RSE — mais elles partent souvent de zéro, comme tout le monde. La différence avec vous, solopreneur.e? Elles communiquent beaucoup (parfois trop) sur leurs engagements. Vous,vous agissez avec authenticité.
La RSE en pratique : 3 piliers, 0 jargon
Quand on parle de RSE, on entend souvent parler de « trois piliers » : environnement, social, éthique. En réalité, il s’agit simplement de trois angles pour repenser son activité — sans besoin de diplôme en développement durable ou de budget colossal. Voici ce que ça signifie concrètement, quand on est solopreneur.
L’environnement : agir à son échelle (sans se décourager)
On a tendance à penser que l’impact écologique, c’est l’affaire des usines ou des géants du pétrole. Faux. Chaque activité, même minuscule, a une empreinte — et donc un levier d’action.
En pratique, ça peut vouloir dire :
- Choisir un hébergeur web vert (comme Infomaniak ou GreenGeeks) pour son site. Pourquoi ? Parce que le numérique pollue (oui, même vos mails).
- Faire le ménage dans ses outils : désabonner des newsletters inutiles, supprimer les fichiers lourds stockés « au cas où », utiliser des alternatives légères (ex : Framasoft plutôt que Google Drive).
- Repenser ses déplacements : privilégier le train pour les déplacements pros, ou regrouper ses rendez-vous pour limiter les trajets. Bonus : ça fait aussi gagner du temps.
- Travailler avec des prestataires engagés : un imprimeur qui utilise du papier recyclé, un comptable qui compense ses émissions, etc.
- Produire moins, mais mieux : plutôt que de multiplier les offres, affiner ce qui existe déjà. Exemple : Une créatrice de bijoux peut passer à une collection capsule annuelle au lieu de quatre.
Le mot d’ordre ? Cohérence, pas perfection (je vous l’ai déjà dit, ça n’existe pas). Personne ne vous demande de sauver la planète seul·e — juste d’éviter de la détériorer inutilement.
2. Le social : prendre soin des autres… et de soi
La RSE, ce n’est pas que l’écologie. C’est aussi la manière dont on travaille, dont on traite les autres — et dont on se traite soi-même. Un pilier souvent négligé par les indépendants, alors qu’il est le plus accessible.
En pratique, ça peut vouloir dire :
- Des conditions de travail soutenables : ne pas répondre aux mails à 22h, fixer des horaires réalistes, et oser dire « non » à un projet qui empiète sur votre vie perso (eh oui, c’est paradoxal mais les solopreneurs sont souvent leurs propres pires patrons).
- Des relations clients saines : pas de promesses irréalistes (« Je vous livre demain ! » alors que c’est impossible), des contrats clairs, et un suivi humain. Exemple : Un développeur peut refuser un client toxique, même si le budget est alléchant.
- Une rémunération juste : se payer correctement (oui, ça compte aussi !), et si possible, payer ses prestataires à leur juste valeur. Astuce : Utiliser des grilles tarifaires transparentes.
- L’accessibilité : rendre ses services ou contenus accessibles (sous-titres pour les vidéos, langages simples, tarifs adaptés). Exemple : Une formatrice peut proposer des places à prix réduit pour les publics précaires.
- Le respect des rythmes et des différences : accepter que tout le monde ne travaille pas comme vous, et adapter sa communication. Exemple : Un consultant peut proposer des réunions en visio sans caméra pour les personnes qui préfèrent.
Le piège à éviter ? S’exploiter soi-même au nom de la « flexibilité ». La RSE commence par se respecter — sinon, à quoi bon ?
3. L’éthique : l’art d’être aligné·e (et de l’assumer)
C’est le pilier le plus transversal — et souvent le plus flou. Pourtant, il se résume à une question : « Est-ce que ce que je fais est en accord avec ce que je pense ? » Spoiler : La réponse n’est pas toujours évidente.
En pratique, ça peut vouloir dire :
- Communiquer sans greenwashing : ne pas surfer sur des mots comme « éco-responsable » ou « durable » si ce n’est pas vérifiable. Exemple : Plutôt que de dire « 100% vert », expliquer concrètement ses efforts (« J’utilise des encres végétales pour 80% de mes impressions »).
- Des offres claires et honnêtes : pas de petits caractères, pas de prix cachés, pas de faux rabais. Règle d’or : si vous ne voulez pas l’exposer à votre grand-mère, c’est louche.
- Protéger les données : utiliser des outils sécurisés (ex : ProtonMail pour les emails), et être transparent sur leur utilisation. Exemple : Un coach qui stocke les données clients doit expliquer pourquoi et comment.
- Choisir ses partenaires avec soin : refuser de travailler avec des entreprises dont les valeurs sont aux antipodes des siennes. Cas réel : Un graphiste peut dire non à une marque de fast-fashion, même si le contrat est juteux.
- Soutenir (ou boycotter) en fonction de ses valeurs : ça peut être refuser un client, mais aussi mettre en avant des causes qui comptent pour vous. Exemple : Une rédactrice web peut offrir des articles gratuits pour une association locale.
Pourquoi la RSE est une opportunité (et pas une contrainte) pour les solopreneurs
Ok je vous entends déjà bougonner en mode « du travail en plus », « réunions », « charge mentale » … Pourtant, c’est exactement l’inverse : la RSE est un terrain de jeu idéal pour les solopreneurs.
1. Pas de lourdeur administrative = liberté d’action
Dans une grande entreprise, changer une pratique peut prendre des mois (voire des années) : études d’impact, validations en comité, formations des équipes… En tant que solopreneur, vous décidez aujourd’hui, vous agissez demain.
Exemples concrets :
- Tester un nouveau fournisseur éthique en un clic (et revenir en arrière si ça ne convient pas).
- Modifier son offre pour intégrer une dimension sociale ou environnementale (ex : un graphiste qui propose un tarif solidaire pour les associations).
- Expérimenter des outils (un hébergeur vert, un logiciel open-source) sans avoir à convaincre qui que ce soit.
Résultat ? Vous pouvez innover sans risque, ajuster en temps réel, et devenir un laboratoire d’idées — bien plus réactif qu’un géant.
2. Une parole crédible (parce que c’est VOUS qui parlez)
Quand une multinationale communique sur ses « engagements RSE », on se demande souvent : « Est-ce que c’est vrai, ou juste du greenwashing ? » Vous, en revanche, vous n’avez pas de service communication pour édulcorer votre discours. Votre parole est directe, humaine, et donc bien plus crédible.
Exemples concrets :
- Raconter votre démarche sur les réseaux ou votre site : « Cette année, j’ai réduit mes déplacements de 30% en privilégiant le train — voici pourquoi et comment. » (Les clients adorent les histoires authentiques et ils ont raison.)
- Assumer vos limites : « Je ne suis pas parfait·e, mais je progresse : voici mes 3 actions RSE pour 2026. » (La transparence crée de la confiance.)
- Afficher clairement vos critères de collaboration sur votre site ou vos réseaux sociaux. Quelque chose du genre : « Je travaille uniquement avec des entreprises qui s’engagent pour une économie plus inclusive et respectueuse de l’environnement. Voici les critères que je prends en compte : [liste simple, ex : transparence sur les pratiques sociales, réduction des déchets, etc.]. Si vous partagez ces valeurs, parlons-en ! »
Résultat ? Vous construisez une relation de confiance avec vos clients et partenaires — un atout inestimable pour fidéliser.
3. Une différenciation qui attire les bons clients (et les bons projets)
Dans un marché saturé, se démarquer est vital. La RSE bien incarnée n’est pas un argument marketing de plus : c’est un positionnement fort, qui parle directement à une clientèle de plus en plus exigeante.
Ce que la RSE attire concrètement :
- Des clients alignés : ceux qui choisissent une entreprise pour ses valeurs restent plus longtemps et parlent de vous autour d’eux. Exemple : Un·e consultant·e en RSE qui communique sur son engagement attire des entreprises déjà sensibilisées — et donc plus faciles à convaincre.
- Des partenaires de confiance : les autres indépendants ou petites structures engagées vous repéreront et viendront vers vous pour collaborer. Exemple : un artisan qui utilise des matériaux recyclés intéressera des boutiques éthiques.
- Des projets plus durables (au sens économique ET écologique) : les clients prêts à payer pour un service responsable sont souvent moins sensibles aux prix et plus fidèles. Exemple : une rédactrice web qui propose des tarifs « éco-solidaires » peut se permettre de refuser les missions sous-payées.
Ainsi, vous travaillerez avec des gens qui vous ressemblent, sur des projets qui ont du sens — et qui vous font grandir, financièrement et humainement.
En guise de boussole : la RSE, l’arme secrète du solopreneur
Résumons : la RSE n’est pas une contrainte — c’est un accélérateur pour :
- Vous différencier dans un marché concurrentiel.
- Attirer des clients qui vous correspondent.
- Construire une activité résiliente (parce que les entreprises engagées résistent mieux aux crises).
N’oubliez pas que :
- Vous êtes rapide, vous testez, ajustez, innovez sans bureaucratie.
- Vous êtes crédible, votre parole pèse plus que celle d’une multinationale.
- Vous êtes unique, votre engagement attire une clientèle fidèle et des partenaires de qualité.
En tant que solopreneur vous avez tout pour rebondir. Pas besoin de plan stratégique sur 5 ans. Voici une approche réaliste.
1. Faire un état des lieux honnête
- Qu’est-ce que je fais déjà bien ?
- Où sont mes incohérences ?
- Qu’est-ce qui est améliorable sans me mettre en difficulté ?
2. Choisir 2 ou 3 engagements concrets
Pas une liste interminable.
Quelques axes clairs, assumés, tenables.
3. L’intégrer dans son discours (sans posture morale)
Parler de RSE, ce n’est pas donner des leçons.
C’est expliquer ses choix, ses arbitrages, parfois ses limites.
4. Accepter que ce soit évolutif
La RSE n’est pas un état figé. C’est un chemin, qui évolue avec votre activité, votre contexte, vos moyens.
La RSE, au fond, ce n’est pas “faire mieux” : c’est faire plus consciemment. Pour les solopreneurs, c’est une manière de :
- reprendre la main sur le sens de son activité,
- sortir de la logique du “toujours plus”,
- construire quelque chose de viable, humain et durable.
Et peut-être, tout simplement, de travailler autrement.

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